Partage entre électeurs et élus

Nouveau 4x4 des députés en circulation à Kinshasa

Plein de 4×4 tous neufs partout dans la ville depuis quelques semaines. Il y en a de toutes les couleurs. Nos chers « honorables » n’hésitent pas lorsqu’il s’agit de se faire plaisir, s’octroyer quelques « petits avantages ».

Ce que je trouve intéressant dans le choix même des marques c’est que tous, parlementaires, sénateurs et députés provinciaux de Kinshasa ont choisis des 4×4. Pratique pour arpenter les pistes et affronter les nids-de-poule de la capitale. Pas besoin donc de se faire chier de se presser de refaire les routes !

Dans ce cas de figure, quand il s’agit de leurs intérêts, opposition et majorité parlent la même langue.

Un peu de comptabilité

Je suis un peu nul je ne suis pas très bon en comptabilité mais je suis tenté de jouer un peu avec les chiffres.

500 parlementaires
500 Nissan Patrol coûtant chacune environ 45,000 dollars = 22, 500 000.

108 sénateurs
108 Toyota Prado coûtant chacune environ 40,000 dollars = 4, 320 000.

La somme des deux résultats donne : 26, 820,000 (vingt-six millions, huit cent vingt mille dollars américains).

Pas besoin d’être un expert en comptabilité pour comprendre qu’on parle de millions de dollars. Et dire qu’il n’y a pas d’argent pour payer les professeurs de l’université de Kinshasa qui sont en grève depuis plusieurs mois…

4×4 neufs pour les élus et vieux bus pourris pour les électeurs

Nouveau vieux bus en circulation à Kinshasa

Pwiflwik : Destination d'un vieux nouveau bus à Kinshasa

Je ne sais pas de quelle fourrière ils proviennent mais j’ai compté une dizaine de bus pourris et fumants repeints aux couleurs du drapeau congolais. Un a essuyé des jets de pierres de la population et deux ont pris feu une semaine seulement après leur mise en circulation.

Le plus drôle c’est que la destination d’un des bus est « Pwiflwik ». Peut-être une nouvelle commune de Kinshasa !

Une répartition bien congolaise entre électeurs et élus.

Interview avec Kaysha à Kinshasa

Kaysha

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Kaysha est un artiste d’origine congolaise évoluant en France. Il nage entre zouk love et coupé décalé. Sa musique, il l’exporte dans les quatre coins du globe.

Après avoir livré deux concerts à Lubumbashi, il est passé par Kinshasa il y a une semaine. Pas trop de bruit autour de ce passage dans la capitale congolaise. Kaysha est là en fils aimant comme il le dit lui-même, pour l’anniversaire de sa mère. Malgré cela, il m’a tout de même appelé pour signaler sa présence et a accepté de m’accorder une petite interview.

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Le Blog de Kaysha
Son Album photo (Flickr)

Week-end aux chutes de Zongo

Chutes de Zongo

J’ai visité le week-end dernier, avec trois autres amis les chutes de Zongo dans la province du Bas-Congo, un petit coin paradisiaque pas trop loin de la capitale. Environ 100 kilomètres de route et ensuite 51 kilomètres de piste boueuse et difficile. Heureusement que nous avions un très bon 4×4.

Sans compter le véhicule et le carburant, le voyage nous a coûté environ 200 dollars américains alors que nous ne sommes restés qu’une nuit et la moitié d’une journée. Plusieurs petits villages et de très beaux paysages à admirer mais vu ce que ça coûte ce n’est pas tous les congolais qui peuvent s’offrir le luxe d’aller visiter ce lieu.

À chaque fois que nous nous rapprochions d’un village, les enfants sortaient en courant de leurs cases pour nous saluer, mais semblaient, à voir leurs mains tendues attendre quelque chose en retour. En me renseignant, j’apprends que certains parmi les rares touristes qui passent par là ont l’habitude de lancer des bonbons, des biscuits ou tout simplement des billets à leur passage. Normal donc que les petits villageois aient pris l’habitude de tendre la main à chaque passage de véhicule.

A certains endroits, les villageois sabotent la piste et monnayent ensuite leur aide pour « dépanner » les véhicules embourbés tombés dans le piège.

Même si le voyage était trop épuisant, ce petit week-end m’a fait du bien et m’a permis de réaliser pour une énième fois que mon pays est très beau et que bien au delà des minerais, son potentiel touristique constitue une richesse à part entière pour le Congo.

Dommage tout de même que ce potentiel touristique ne soit pas du tout exploité. Je me demande bien quel est le rôle du ministère du tourisme.

Un album photo du week-end.

Un cercueil volant fait de nouvelles victimes

DC9 Hewa Bora Airways en feu à Goma

Cette fois-ci c’est à Goma. Un DC9 de la compagnie privée Hewa Bora Airways a fini sa course à Biréré, quartier populaire du chef-lieu de la province du Nord-Kivu faisant une trentaine de morts, plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels. Cause de l’accident : un des moteurs a pris feu au décollage.

Ce crash me rappelle celui de Kingasani dans la capitale au mois d’octobre 2007 qui avait fait une cinquantaine de victimes. Le ministre des transports de l’époque a été limogé et une commission d’enquête parlementaire mise sur pieds pour établir les causes du sinistre. Les avions Antonov ont été pointés du doigt mais cette fois-ci il s’agit d’un DC9.

Une nouvelle équipe parlementaire a été dépêchée sur les lieux du sinistre mais je me demande s’il faut vraiment attendre grand-chose de cette nouvelle enquête sachant que le rapport sur le crash de Kingasani est toujours attendu à ce jour, six mois après l’accident.

Encore une situation qui prouve que les dirigeants congolais actuels ont des difficultés à anticiper. Les avions de la compagnie Hewa Bora Airways, pourtant interdits de survoler le ciel européen planent en toute quiétude dans le ciel congolais.

En l’absence du président de le république en voyage officiel aux USA, notre cher Premier ministre reste silencieux face à ce drame. Pas un mot, pas d’encouragement aux rescapés et aucun message de condoléances aux familles des victimes.

Le Congo, dépourvu depuis un bon nombre d’années d’une compagnie aérienne nationale est devenu un cimetière pour avions, un marché rentable qui offre une seconde vie aux vieux appareils bons pour la casse partout ailleurs dans le monde. Dans ce pays dépourvu de réseau routier et ferroviaire dignes de nom, le seul moyen de se déplacer c’est l’avion.

Et puis, s’attaquer à ces cercueils volants peut être très dangereux, leurs propriétaires étant souvent sous la protection de certaines personnalités politiques ou militaires très hauts placés.

À l’allure où vont les choses, il faudra peut-être que les congolais rédigent tous leurs testaments et pensent à le mettre à jour à chaque fois qu’ils prennent l’avion.

Publicité interdite pour les tradi-praticiens

Vendeur ambulant de Tangawisi

Décision du ministre de la communication et médias qui répond à la multiplication de spots publicitaires dans les médias congolais vantant les prouesses de tel ou tel autre tradi-praticien. Mise en place d’un service de monitoring, sanctions prévues pour les médias qui ne respecteront pas la mesure, le ministre semble décidé à éradiquer le problème qui a pris des proportions inquiétantes.

Il m’est arrivé d’entendre défiler à la radio, un jour alors que j’étais à bord d’un taxi, plus de 20 minutes de messages publicitaires du genre : « Vous avez des problèmes de santé ? Hémorroïdes, problèmes d’érection ou d’éjaculation précoce, nous avons la solution ! Nous soignons tout avec les plantes ».

Ce qui m’a toujours surpris c’est que ces « docteurs » n’ont souvent aucune formation et sont les seuls à connaître la composition des breuvages qu’ils proposent à leurs clients. Le comble c’est qu’ils ont des autorisations officielles qui leur permettent d’exercer librement et sans aucun contrôle. Personne ne sait donc si ces individus ne vendent pas librement la mort.

L’activité est tellement fructueuse et le marché congolais tellement favorable qu’il y a même depuis un certain nombre d’années des tradi-praticiens provenant du Nigeria qui viennent s’établir à Kinshasa pour faire les affaires.

Si la décision du Ministre Bongeli va priver de publicité ces « docteurs autodidactes », elle ne va sans doute pas éradiquer le problème.

Se sentiront lésés dans cette affaire, les gros bonnets qui ont les moyens de s’offrir des campagnes médiatiques. Les petits dans le domaine, les jeunes vendeurs ambulants qui traînent dans les rues de Kinshasa, qui font la ronde des bars Kinois pour refourguer racines et breuvages aphrodisiaques ne risquent pas d’être affectés par cette mesure.

Publier mon premier livre

Je caresse depuis un bon bout de temps le rêve de publier un livre. J’aimerais parler de certaines choses, partager ma vie et ma petite expérience d’habitant d’une ville jadis appelée « Kinshasa la belle » en espérant bien sûr trouver des lecteurs intéressés.

Des textes j’en ai en bonne quantité. Certains publiés sur mon Blog mais aussi une bonne part que personne d’autre que moi-même n’a lu. Quelques interrogations cependant : Quelle format, comment structurer mes textes, par où commencer, que raconter exactement,… L’étape suivante ce sera bien sûr la recherche d’un éditeur.

Je lance donc un appel à tous ceux qui pourraient m’aider à réaliser ce projet. Vos conseils et vos suggestions sont plus que bienvenus.

Ansi va la vie au Congo

Pas d’électricité toute la nuit, impossible donc d’alimenter mon ordinateur pour écrire hier soir. Ce matin, impossible d’utiliser mon fer à repasser. Que faire ? Reprendre le tee-shirt de la veille ou endosser une chemise propre mais toute froissée ? Hop, on reprend le tee-shirt de la veille et c’était parti.

Grosse bataille pour attraper un taxi pour me rendre à mon travail, embouteillages, soleil de plomb, je suis arrivé à mon travail trente minutes en retard, épuisé et trempé dans la sueur. Je ne serais donc pas très efficace aujourd’hui.

Je n’ai pas d’autre choix que de m’y faire et me rendre à l’évidence que le bus, le métro ou encore le Vélib sont à des milliers de kilomètres.

La joie de rentrer chez moi s’estompe peu à peu et le stress habituel reprend graduellement la place.

Bienvenue chez toi Cédric !

Retour à Kinshasa city

Atterrissage sous trente-deux degré ce soir à Kinshasa. Trente degrés de plus qu’à Paris ce matin. Très heureux de rentrer à la maison et de retrouver ma ville natale. Le choc est moins important que lors des deux derniers retours et même si le dispositif d’accueil explosif habituel de l’aéroport de Ndjili était bien en place, je suis tout de même parvenu à garder le moral et à ne pas trop râler.

Nouveauté ! Des ordinateurs au service d’immigration. Je n’en croyais pas mes yeux en les voyant et je commençais déjà à me réjouir. « Trop cool » me disais-je… Mon emballement ne fût malheureusement que de courte durée parce qu’en cherchant comme d’habitude le truc qui clochait, j’ai tout de suite vu et ça crevait les yeux que les pauvres agents avaient plutôt l’air perdus et nerveux face à cette nouvelle acquisition. Je comprends que ce ne soit pas évident de s’en sortir avec ces machines lorsqu’on n’a pas l’habitude et surtout quand on n’a pas reçu de formation adéquate.

À la question de savoir si ça allait avec les nouveaux ordinateurs, j’ai reçu comme réponse : « tout doucement ». Plus tard, un autre agent de la Direction Générale des Migrations (DGM) me confiera discrètement : « ces ordinateurs ne servent à rien, ça ralentit les choses pour rien, ça allait bien plus vite quand tout se faisait manuellement… ». Face aux propos de ce fonctionnaire, il y a tout de même de quoi se demander si sa remarque est fondée ou s’ils ne se sentent pas, ses collègues et lui, juste mal à l’aise par rapport au fait que les ordinateurs les empêcheraient peut-être d’agencer leurs petites magouilles habituelles histoire d’arrondir les fins de mois…

L’attente pour voir apposé sur mon passeport le cachet d’entrée sur le territoire a duré une heure. Une autre heure d’attente pour les bagages et j’ai finalement pu regagner mon domicile où j’ai été accueilli par une coupure d’électricité.

Je retrouve ma ville natale comme je l’ai laissé il y a trois semaines.

Kinshasa tu es très difficile des fois tu n’es pas toujours facile mais je t’aime quand même !

Grâce présidentielle pour les six membres de l’arche de Zoé

Arche de Zoé

Incroyable ! La mise en liberté des six membres de l’arche de Zoé pourrait intervenir rapidement. Ceux-là même qui ont été condamnés pour «tentative d’enlèvement d’enfants» vont recouvrer la liberté, graciés, « pardonnés » selon ses propres termes par le président Tchadien Idriss Déby. Sans doute une façon pour ce dernier de remercier la France de l’avoir maintenu au pouvoir avec son soutien militaire lors de l’attaque rebelle qui a failli le renverser les 2 et 3 février.

Impunité totale pour ces gens qui ont tenté d’exfiltrer plus d’une centaine d’enfants, de les arracher à leurs familles, à leur milieu naturel pour les amener en terre inconnue.

Libérer ces individus, n’est-ce pas là une façon d’encourager ce genre de pratiques ? Que se serait-il passé s’il s’agissait de citoyens africains qui auraient essayé d’enlever pour les emmener en Afrique des enfants français ?

Surprenant que cette grâce accordée aux citoyens français ne s’étende pas sur le sujet soudanais qui a servi d’intermédiaire dans la région tchadienne d’Adré.

Il apparaît maintenant clairement que ces « sauveurs d’enfants », ceux qui se sont fixés pour objectif de sauver les pauvres petits africains en les enlevant à leurs familles pour leur offrir une entrée dans le paradis européen peuvent œuvrer en toute impunité.

Quelle attitude doivent adopter les africains face à cette réalité ?

Suffit-il de donner un peu d’argent à titre de dommages et intérêts pour faire oublier cette histoire ?

Que vive la françafrique !

L’africain civilisé

Le maréchal Mobutu et son épouse

Deux semaines se sont écoulées. Je suis en visite en France et en Europe pour la troisième fois mais je suis encore surpris par un certain nombre de choses que je vois. Le congolais, l’africain que je suis reste souvent sans voix face à l’âge et à la grandeur majestueuse de certaines œuvres architecturales. Qui a pensé à construire ça ? D’où est venue l’idée de lancer une telle construction ? Comment les bâtisseurs ont-ils fait et combien ont-ils pris de temps pour réaliser ça ? Nombreuses sont les interrogations qui défilent dans ma tête.

Place de la Bastille. J’aime bien traîner là quand je suis de passage à Paris. M’asseoir sur les marches de l’opéra pour bouquiner ou tout simplement observer les passants. J’essaie de deviner l’origine du couple en face de moi et qui photographie la colonne de juillet. Ils ont les yeux bridés ! Chinois ? Japonais ? Thaïlandais ? Difficile de trouver mais cela ne m’empêche pas d’apprécier ce mélange de couleurs autour de cet ouvrage historique.

Ce lieu symbolique de la Révolution française a une histoire. Je suis curieux et je veux en savoir plus. Mes recherches me révèlent que la bastille n’a pas toujours eu le même visage. Elle fut à plusieurs reprises modifiée. J’apprends qu’il y a eu là une prison, plus tard prise d’assaut et démolie par la population de saint Antoine entre le 14 juillet 1789 et le 14 juillet 1790. On parle alors d’embastillés pour désigner les pensionnaires de cette prison au statut très particulier. Les embastillés étaient des personnes appartenant à la haute classe de la société, souvent les nobles, des grands seigneurs. De très célèbres auteurs à scandale y ont été incarcérés, tel que les philosophes des Lumières Louis Diderot ou encore Voltaire pour leurs écrits contre le roi et le pouvoir monarchique.

Face à tous ces édifices majestueux, je suis partagé entre admiration et jalousie. Tous ces monuments français sont vieux, très vieux. Ils sont conservés et entretenus depuis des siècles. Je peux les voir aujourd’hui et des milliers de personnes provenant des quatre coins du globe font le déplacement pour les voir.

Que se passait-il chez moi au Congo entre 1789 et 1790 ? Comment vivaient les gens ? Comment la société était-elle organisée ? Je m’interroge, mais difficile de trouver des réponses et je crains de ne jamais pouvoir en trouver.

Mes « sauvages » d’ancêtres ont oublié de nous transmettre leur savoir, ils n’ont pas jugé nécessaire de nous raconter leur passé sans doute parce qu’ils étaient eux-mêmes occupés à apprendre ce que le « gentil et évolué » colon Belge avait à leur enseigner.

Même si Jomo Kenyatta dit : « Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. », je ne devrais peut-être pas avoir de regret ou de peine et plutôt m’estimer heureux d’être un homme « civilisé ». C’est sans doute bien plus drôle de savoir compter les dollars et les euros, de préférer le jeans au costume en raphia et de rêver d’avoir une belle villa plutôt qu’une pauvre case…