Voyage en Afrique de l’est

Un avion de la CAA au décollage à l'aéroport de Kindu

Je suis arrivé aujourd’hui à Kigali, capitale rwandaise. Je suis là pour quelques trois jours, pour participer entant que formateur à un atelier Autour de la justice internationale, organisé par l’institut Panos Paris, dans le cadre du projet « Médias des grands Lacs au service de la consolidation de la paix et de l’état de droit ». J’ai pour mission de créer des Blogs pour 15 journalistes, 5 congolais, 5 rwandais et 5 burundais et les former à les maintenir. Je m’envolerais ensuite, dans le cadre de la même mission, pour Arusha en Tanzanie pour y rester pendant une semaine.

Le testament
Les compagnies aériennes congolaises étant toutes black-listées, conscient du fait que prendre l’avion au Congo est un risque, j’ai rédigé un testament à la veille du départ. Après inventaire de mes biens, j’ai réalisé que je n’avais pas grand-chose à léguer mais je me suis dit que ça valait tout de même la peine de le faire.

Le voyage
Très tôt le matin, je me suis retrouvé à l’aéroport de Ndjili pour prendre un avion de la compagnie africaine d’aviation (CAA), en direction de Goma, en passant par Kindu. Comme d’habitude, les formalités durent une éternité. Pire que pour les vols internationaux. L’avion décolle tout de même à l’heure et c’est là que je me suis dit que je ne pouvais plus faire marche arrière. Petite prière avant le décollage et ravi que Dieu ait écouté ma prière. Tout s’est bien passé. Dès que l’avion s’est posé à Kindu, tous les passagers ont applaudi. J’ignorais que cette tradition existait…

L’escale dure près d’une demi-heure, le temps de larguer quelques passagers et leurs bagages et en embarquer d’autres. J’ai vu comment le déchargement se faisait en regardant par le hublot. Deux jeunes hommes se sont chargés de décharger manuellement l’avion et de déposer les bagages à quelques mètres de l’appareil, à même le sol sur le tarmac. Pas de surprise lorsque j’ai entendu encore une fois des applaudissements à l’atterrissage à Goma.

Ce voyage me permet de repasser par Goma, ville de mon pays parmi mes préférées. J’avais presque oublié à quel point ça pouvait faire du bien de respirer l’air frais des montagnes et de se retrouver loin du bruit, des embouteillages et des embrouilles de Kinshasa.

Quelques photos du voyage

J’aime le foot, je me bourre la gueule !

J'aime le foot, je me bourre la gueule

Une pub bien particulière que je vois affichée partout dans la ville de Kinshasa en ce moment. Le principe est très simple, les supporters des deux principaux clubs de football de Kinshasa : le Daring club Motema Pembe (DCMP) et le Vita Club (V Club) n’ont qu’à acheter plein de bouteilles de SKOL, les boire et ensuite glisser les bouchons dans l’urne de leur équipe. Plus il y a de bouchons dans la boite à collecte, plus l’équipe reçoit de l’argent de la société brassicole BRACONGO qui se revendique « sponsor officiel du football congolais ».

Qu’est ce qu’on ne ferait pas de nos jours pour le football !

Débrouillards depuis l’enfance

Jouet fabriqué avec du matériel de récupération

Ça m’a fait bizarre, alors que je me promenais dans les rues de mon quartier de voir un enfant traîner derrière lui une voiture fabriquée totalement avec du matériel de récupération. Le jeune a dû me prendre pour un fou quand je lui ai demandé de s’arrêter pour que je puisse photographier son automobile qui m’a beaucoup rappelé mon enfance.

Mes amis et moi passions nos journées à réunir les pièces nécessaires pour fabriquer nous-mêmes nos jouets. Je ne touchais presque jamais aux jouets high-tech importés que m’offraient mes parents que je trouvais beaucoup moins drôles.

En plus d’un savoir-faire particulier et d’une bonne dose de débrouillardise, la fabrication de ces voitures nécessite un bon nombre de petits trucs pas toujours faciles à trouver. Pour commencer, nous allions chez le Quado (réparateur de pneus) du coin de la rue pour récupérer son stock de pneus abîmés que nous brûlions pour récupérer les fils de fer servant à monter la carrosserie. L’électronicien du quartier nous refilait ses haut-parleurs déclassés que nous éventrions pour récupérer les fils de fer très fins servant pour les joints. Les bars recevaient ensuite notre visite parce que nous avions besoin de quelques bouchons pour en faire des pneus. Le tout assemblé nous donnait alors une belle voiture fabriquée de nos propres mains. Pas besoin de moteur, une petite corde attachée à la voiture sert à la tirer derrière soi. Concours et courses s’en suivaient, de quoi nous occuper pendant les vacances.

À la reprise de l’école, nos voitures allaient au garage. La technologie évoluant très vite, nous étions obligés d’en fabriquer de nouvelles, avec des options en plus pour les vacances suivantes.

J’ai noté une évolution avec les voitures que fabriquent les enfants actuellement. Ce sont pour la plupart des 4×4 et ils se servent de boites de tomate découpées comme pneus. Bien pratique pour les nids-de-poule et les routes cabossées de Kinshasa !

Système de fermeture automatique des portes made in Congo

Système de fermeture automatique des portes made in Congo

L’inventeur est congolais, il s’agit du travailleur de mon voisin. Ras-le-bol de fermer à chaque fois le portail de la parcelle derrière lui, il a mis en place un système très ingénieux, très économique et très facile à mettre en place.

Matériel utilisé :
Un bidon de cinq litres rempli d’eau et bien fermé
Un fil électrique assez solide, sans doute emprunté à la SNEL (Société nationale d’électricité limitée).

Le poids du bidon rempli tire le fil électrique qui force la porte à se fermer automatiquement !

Gare à ceux qui voudront reproduire le système ! J’ai conseillé à l’inventeur de faire enregistrer son invention mais j’accepte gracieusement de prendre les commandes et effectuer les livraisons.

Les contrevenants seront purement et simplement traduits en justice !

Arrestation de Jean-Pierre Bemba, La CPI frappe encore !

Jean-Pierre Bemba Gombo

La nouvelle est tombée ce week-end. Jean-pierre Bemba Gombo, ancien vice-président et challenger de Joseph Kabila au deuxième tour des dernières élections présidentielles, s’est fait arrêter en Belgique et sera prochainement transféré à la Haye (Pays-Bas) au siège de la Cour pénale internationale.

Cette arrestation fait suite aux accusations de crimes contre l’humanité et crimes de guerre portées par le gouvernement de Centrafrique, se référant à des possibles massacres et d’autres violations perpétrés lors de l’intervention des hommes de Bemba (MLC) entre 2002 – 2003 en république Centrafricaine, alors qu’ils étaient allés prêter main forte à l’ancien président Ange Félix Patassé dont l’armée était attaquée par les forces de l’actuel président François Bozizé qui avaient fini par l’emporter.

Une arrestation de plus après Thomas Lubanga, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo qui sont déjà en détention à La Haye. Un mandat d’arrêt a été émis fin avril 2008, à l’encontre de Bosco Ntaganda, actuel chef d’état major militaire du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda.

Les Kinois vaquent aujourd’hui tranquillement à leurs occupations mais on peut tout de même percevoir une certaine inquiétude.

Fin de l’impunité ?

On parle de plus de cinq millions de morts depuis le début de la guerre en république démocratique du Congo. Certains hauts responsables politiques congolais, rwandais et ougandais ont armés et soutenus les groupes armés en Ituri et dans les Kivu.

Anneke van Woudenberg, chercheuse principale sur la RDC à Human Rights Watch le dit clairement : « Mettre fin à la culture de l’impunité exige que le procureur de la CPI enquête sur ces hauts responsables à Kinshasa, Kigali et Kampala qui ont armés et soutenus les groupes armés en Ituri, c’est seulement à ce moment là que justice sera faite. »

Peut-on s’attendre à ce qu’il y ait d’autres arrestations ? Peut-on espérer que les responsables de ces crimes odieux répondront tous de leurs actes ?

L’avenir nous le dira…

Marchand de miracles, un métier d’avenir au Congo

Un centre de « guérison miracle » à Kinshasa

Pas besoin de faire des études ou d’avoir un diplôme. Tout ce qu’il faut c’est soit lire la bible et mémoriser quelques versets ou alors savoir faire bouillir racines et feuilles. Dans les deux cas, un élément important, savoir parler à son potentiel client pour lui faire avaler qu’il trouvera solution à tous ses problèmes comme par enchantement. Et bien sûr, les miracles ne se donnent pas gratuitement, il faut payer pour les avoir.

Je suis tombé comme par hasard il y a quelques jours sur un « centre de guérison miracle » tenant dans un studio de 3m² dont la liste de maladies guérissables miraculeusement m’a donné le vertige.

Une petite liste de ces maladies:

En voutement (il voulait peut-être parler d’envoûtement)
Epilepsi (Je pense qu’il voulait parler d’épilepsie)
Paralise (et là je crois qu’il s’agit de paralysie)
Rimathisme (et là peut-être rhumatisme)
Emoraide (traduction kinoise d’Hémorroïdes)
Menijutte (méningite dans je ne sais quelle langue)

Visiblement l’orthographe importe peu! J’aurais bien voulu m’entretenir avec maître Kipoy, le patron de ce centre miracle pour voir s’il pouvait trouver une solution miracle par rapport au fait que je ne vois que le négatif de mon pays mais malheureusement, il était absent !

Ventre affamé n’a point d’oreilles

Ça se passe à Kinshasa, au quartier Kinsuka, dans la commune de Ngaliema. Les habitants de ce coin se jettent dans le fleuve Congo et se battent pour essayer de récupérer des vivres (Mpiodi, poulets,…) avariés et pourris qu’un camion de la compagnie ORGAMAN est en train de vider. Ni la profondeur, ni le très fort courant du fleuve et encore moins la puanteur ne semblent les impressionner.

Ce n’est pas la première fois, des camions comme celui-là, il y en a régulièrement et la scène est plus qu’habituelle. Je me retourne, je regarde autour de moi et je me rends compte que je suis le seul à être choqué. « …Nous les faisons bouillir pendant longtemps, c’est bon et ça ne nous pose aucun problème… », me lance une dame dont les jeunes enfants se retrouvent dans le fleuve pour cette pêche inédite.

Il faut tout de même dire que l’endroit pour ce largage est très bien choisi. Zone frontalière avec le Congo-Brazzaville très militarisée. Impossible donc de sortir mon appareil photo pour photographier la scène.

À en croire que le Congo est une jungle dans laquelle tout le monde peut faire ce qu’il veut. Encore une bombe à retardement que personne ne semble voir. Des limogeages et des commissions parlementaires, il y en aura sans doute lorsqu’une épidémie se déclarera.

Kinshasa : belle ou poubelle ?

Un ramasseur d'ordures à Kinshasa

La collecte et le traitement des ordures pose problème depuis un certain nombre d’années dans la capitale congolaise et je me demande bien si une solution sera un jour trouvée à ce problème. Il suffit de se mettre en hauteur pour se rendre compte que la ville de Kinshasa, est recouverte d’un tapis d’immondices. On ne parle plus de « Kinshasa la belle » comme jadis mais désormais c’est « Kinshasa la poubelle ».

Dans certains quartiers de la capitale, les habitants creusent des trous pour enterrer leurs ordures, dans d’autres c’est tout simplement le regroupement et du feu pour les brûler. Il y a aussi les récolteurs privés et il faut peut-être mentionner aussi ceux qui attendent la nuit pour vider leurs poubelles dans les rares canalisations encore existantes.

Comme dans tous les autres domaines, des systèmes parallèles se mettent en place pour palier au manque de structures formelles de récolte et traitement des immondices. J’ai croisé ce aujourd’hui le monsieur qui passe pour récolter les ordures dans mon quartier. Tous les matins, il sillonne les rues avec son « pousse-pousse » en criant : « débarrassez-vous de vos ordures… ». Ceux qui entendent son message et qui ont les poubelles pleines paient, et « papa matiti » se charge de les vider. Le coût de la commission varie entre 500 et 1000 francs congolais (entre 1 et 2 dollars américains). Plus la quantité de vos immondices est importante, plus vous payez.

Notre ramasseur d’ordures parvient ainsi à se faire un peu d’argent et ses clients sont ravis de pouvoir se débarrasser de leurs déchets mais ignorent ou tout simplement s’en foutent de savoir là où elles finissent. Après la récolte, « papa matiti » va vider sa cargaison dans la rivière Makelele qui se déverse quelques mètres plus loin dans le fleuve Congo.

Ce que je trouve bizarre c’est que les gouvernants, ceux qui sont à la tête de cette énorme poubelle qu’est devenue Kinshasa n’ont pas honte ! Ils ne semblent pas se soucier de ce problème élémentaire de salubrité et construisent leurs villas et roulent avec leurs 4×4 dans cette poubelle.

Congolais débrouillards : Vendeuses de pain

Une vendeuse de pain dans une rue de Kinshasa

J’avais un tout petit peu abandonné la série « congolais débrouillards » mais le bon « lipa na muamba » que j’ai mangé ce matin m’inspire. Après les roulages et les enfants commerçants, poursuite de la série avec les vendeuses de pain. En Lingala on les appelle : « Mama ya mapa » Traduisez : « Maman de pain ».

Ce sont les premières à se lever à Kinshasa. Elles sont debout déjà à 4heures du matin. Mieux vaut arriver tôt à la boulangerie et être la première servie pour ensuite attaquer la journée. A chacune sa stratégie de vente. Certaines, le cas de celle qui m’approvisionne tous les matins font de la livraison à domicile. Elles ont des clients sûrs, à qui elles livrent du pain, pour récolter l’argent le lendemain. D’autres étalent leur marchandise sur des tables dans les marchés ou coins de rues. Il y en a qui arpentent toute la journée les rues, bassin plein à la tête sous un soleil de plomb. Objectif principal pour tout le monde : écouler sa marchandise avant la tombée de la nuit.

J’ai discuté ce matin avec la jeune femme qui vient me livrer du pain chez moi tous les matins et elle a accepté de me raconter son histoire. Elle a deux enfants et son mari est militaire, caporal de l’armée congolaise. Elle habite dans un camp militaire pas loin de chez moi où elle partage un 3 pièces avec deux autres familles. Le salaire miséreux de son homme n’étant pas régulièrement versé, elle a pris l’option de vendre du pain pour subvenir aux besoins de son ménage.

Elle parvient grâce à son petit business à se faire un gain quotidien d’environ 1200 francs congolais (2 dollars américains environ). Cette somme lui permet d’acheter à manger pour sa famille. Il lui arrive aussi de vendre des légumes de son petit potager.

Vendeuses de pain dans une rue de Kinshasa

À la question de savoir quelles étaient les difficultés qu’elle rencontrait au quotidien, j’ai eu comme réponse : « Se lever très tôt, devoir abandonner mon premier fils et traîner avec moi la petite dernière est très pénible. Quand je sors le matin, il fait encore sombre et c’est assez terrifiant. J’ai croisé une fois des hommes armés et en uniforme qui s’en sont pris à mon argent. Ils m’ont tout pris et j’ai peiné avant de parvenir à reconstituer un capitalquand je suis malade et que je manque de force pour aller chercher du pain à la boulangerie, mon mari y va à ma place et va même faire la livraison. La difficulté c’est qu’il ne connaît pas tous mes clients ». Les clients insolvables, c’est une autre difficulté à laquelle est confrontée la jeune femme.

Une preuve de plus que les congolais sont loin d’être des paresseux. La population congolaise dans sa majorité ne croit plus aux promesses des politiciens. Au lieu de se laisser mourir, les gens ont appris à utiliser le minimum qu’ils ont pour tenir le coup.

Deux principales interrogations après avoir écouté l’histoire de cette dame :

  • Que serait ce pays si ses filles et fils n’avaient pas appris la débrouillardise ?
  • Le Congo peut-il compter pour sa sécurité sur ce militaire vendeur de pain occasionnel ?

Partage entre électeurs et élus

Nouveau 4x4 des députés en circulation à Kinshasa

Plein de 4×4 tous neufs partout dans la ville depuis quelques semaines. Il y en a de toutes les couleurs. Nos chers « honorables » n’hésitent pas lorsqu’il s’agit de se faire plaisir, s’octroyer quelques « petits avantages ».

Ce que je trouve intéressant dans le choix même des marques c’est que tous, parlementaires, sénateurs et députés provinciaux de Kinshasa ont choisis des 4×4. Pratique pour arpenter les pistes et affronter les nids-de-poule de la capitale. Pas besoin donc de se faire chier de se presser de refaire les routes !

Dans ce cas de figure, quand il s’agit de leurs intérêts, opposition et majorité parlent la même langue.

Un peu de comptabilité

Je suis un peu nul je ne suis pas très bon en comptabilité mais je suis tenté de jouer un peu avec les chiffres.

500 parlementaires
500 Nissan Patrol coûtant chacune environ 45,000 dollars = 22, 500 000.

108 sénateurs
108 Toyota Prado coûtant chacune environ 40,000 dollars = 4, 320 000.

La somme des deux résultats donne : 26, 820,000 (vingt-six millions, huit cent vingt mille dollars américains).

Pas besoin d’être un expert en comptabilité pour comprendre qu’on parle de millions de dollars. Et dire qu’il n’y a pas d’argent pour payer les professeurs de l’université de Kinshasa qui sont en grève depuis plusieurs mois…

4×4 neufs pour les élus et vieux bus pourris pour les électeurs

Nouveau vieux bus en circulation à Kinshasa

Pwiflwik : Destination d'un vieux nouveau bus à Kinshasa

Je ne sais pas de quelle fourrière ils proviennent mais j’ai compté une dizaine de bus pourris et fumants repeints aux couleurs du drapeau congolais. Un a essuyé des jets de pierres de la population et deux ont pris feu une semaine seulement après leur mise en circulation.

Le plus drôle c’est que la destination d’un des bus est « Pwiflwik ». Peut-être une nouvelle commune de Kinshasa !

Une répartition bien congolaise entre électeurs et élus.